Bernard Meyer est le secrétaire de SEM. Il nous livre ici son expérience au sein de l’association, de ses premières impressions à ses années d’engagement sur le terrain.

"C’est en 2000, au cours d’un repas malgache que j’ai fait la connaissance d’Albert et de Bernadette Lammert. Je pensais qu’une immersion totale dans un pays comme Madagascar pourrait aider mon fils de 16 ans à résoudre ses problèmes d’adolescence et les participants à ce repas me donnèrent un certain nombre de points de chute à Tana, Fianarantsoa et dans de petits villages isolés de la Côte Est. C’est ainsi que le 26 juillet.2000, après quelques centaines de kilomètres en taxi-bé, en train, en 4x4 et les derniers 20 km à pied que nous découvrîmes Ambodirafia, le village natal de Dety. C’était une autre planète... nous avons eu la chance d’y rencontrer la soeur de Dety, venue providentiellement de Sausheim pour rendre visite à ses parents qui nous offrirent le gîte et le couvert... Nous logions dans une case et dormions dans nos sacs de couchage sur des nattes à même le sol. Tout autour de nous, les habitants du village dormaient à plus de dix par case. Les enfants toussaient et avaient froid sous l’unique couverture familiale... Le matin on était réveillés par le pilon des femmes qui broyaient le café, le riz ou le manioc. Beaucoup venaient nous offrir des bananes en guise de bienvenue. Un grand nombre d’enfants, pour la plupart en guenilles, avaient les cheveux roussis et des dents manquantes par manque de vitamines. « - N’ont-ils pas de bananes à manger ? » « - Il n’y en a plus à cause des cyclones ! Les seules qu’ils avaient, ils vous les ont offertes ! ». Quelle semaine merveilleuse passée dans ce village ! Tout le monde était si accueillant malgré les dures conditions de leur vie. Vololona, une petite fille de 12 ans, tournait sans cesse autour de notre case, sa petite soeur sur son dos... elle finit par s’approcher et dit timidement : « je voudrais un bonbon... » Après, ce furent 3, 5, puis 10 enfants qui vinrent chercher des friandises... Avant de partir, nous eûmes l’occasion d’acheter un zébu qui fut découpé en plusieurs centaines de portions et distribué à tous les habitants... cela faisait 6 mois qu’ils n’avaient plus mangé de viande...

Deux mois après notre retour, une disette frappa à nouveau le village et Albert put juste assister, impuissant, à l’enterrement d’un enfant, mort de faim...

Ce voyage m’avait tellement marqué que j’adhérai à l’association SEM pour soutenir ses actions : construction de routes en payant la main d’oeuvre locale avec de la nourriture pour lui permettre de survivre pendant la période de disette située entre deux récoltes ; financement des écoles par l’intermédiaire de soeur Suzanne, qui vivait seule en pleine brousse, s’occupant des écoles et des soins aux malades. En 2000, SEM était principalement financée par la vente de ses repas malgaches chaque mois de juin, par Terre des Hommes – France 68 et par quelques autres sponsors. Un certain nombre de nos adhérents ont connu l’association car Albert leur a permis d’adopter des petits jumeaux malgaches, abandonnés dès leur naissance par certaines ethnies de la Côte Est à cause d’une malédiction ancrée dans leurs croyances. La signature de la Convention de La Haye en 2004, restreignant l’adoption, sonna le glas pour bien des jumeaux de la Côte Est.

Janvier 2003 : un terrible cyclone ravage à nouveau Ambodirafia, détruisant une grande partie des maisons et des récoltes..

Août 2004 me vit partir une deuxième fois pour la côte Est, cette fois en compagnie de mon épouse Catherine. Après le taxi collectif, quelques jours passés chez le frère Claude à Fianar, le petit train de Manakara puis encore du taxi-bé nous arrivons à Mananjary. Une visite à la CATJA (Centre d’Adoption et de Transit des Jumeaux Abandonnés) nous permit de distribuer les affaires des adoptants aux adoptés... Le directeur venait juste de mourir de la malaria et la désorganisation était complète ! Mac Tong King, le président de notre partenaire Fanilo, vint nous acheminer jusqu’à Vohitrandriana, puis Ambodirafia. Il y avait eu beaucoup de changements : Une école en dur à Vohitrandriana, la Route Albert (20 km), reliant maintenant les deux localités grâce au système « Travail contre nourriture », une construction en dur, une douche et un WC à Ambodirafia, le tout cofinancé par SEM. 

Les années suivantes, des groupes de jeunes prirent une part plus active dans les projets. Certains allèrent distribuer des moustiquaires à tous les villages environnants. Aline incita les femmes à améliorer leur condition de vie en mettant en place une filière de confection d’artisanat. Le groupe de jeunes de Willer-sur-Thur, après un premier voyage à Madagascar, assista à l’inauguration de quatre adductions d’eau et d’une école en dur à Ambodirafia. Il se mobilisa une année entière pour récolter des peluches, des vêtements et le financement des bancs de l’école et de l’écolage à Ambodirafia.

Août 2006 fut mon troisième voyage sur la Côte Est. Cette fois- ci avec SEM et le groupe « En Route pour Madagascar » de Willer, soit 26 personnes ! Quel accueil extraordinaire dans les quatre villages où furent inaugurés des adductions d’eau, réservoirs et bornes-fontaines... A chaque fois la foule en liesse vint nous accueillir avec des chants, des colliers et des pluies de pétales de fleurs !!! Puis réception dans la case communale et long discours d’inauguration (kabary) qui se résumait ainsi : « Cette fontaine, nous en rêvions…Lorsque l’on nous a dit que si nous nous y mettons tous, nous pourrons y arriver et que nos enfants cesseraient de boire l’eau contaminée des rizières, tous, hommes, femmes et enfants se sont mis au travail, cherchant sur des kilomètres le sable des rivières, les femmes concassant au marteau les blocs de pierres pour en faire du gravier… ». Des posters expliquant les règles élémentaires d’hygiène pour éviter la contamination de l’eau, dessinés par notre graphiste Océane, furent expliqués et distribués. King fit monter les bancs de l’école d’Ambodirafia financés par l’Equipe de Willer. Des jeux furent organisés avec les enfants... Quelle immense récompense que le sourire d’un enfant serrant sa peluche dans ses bras... Le don rend tout aussi heureux celui qui donne et celui qui reçoit ! Puis ce fut la dure séparation ... presque tous se promirent de revenir...

L’impact d’une telle immersion dans un pays matériellement pauvre, mais riche de tant d’autres valeurs est immense sur ceux qui y viennent pour la première fois. Cela peut créer une prise de conscience, des vocations, des témoignages, mais toujours un enrichissement réciproque." Bernard

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